le village iferhounéne tel que décrit par un chasseur alpin en 1960
| Environnement immédiat : le village d’Iferounene |
C’est un village typique de l’habitat rural méditerranéen par sa situation sur un « éperon ». La vie n’y est sans doute pas très différente de celle que l’on pouvait rencontrer un siècle plus tôt sur les bords de tout le bassin méditerranéen. Cependant, c’est à 150 m de ce village que j’ai vécu près de sept mois. C’est là que j’ai découvert la rude vie des montagnards kabyles, où la faim n’est pas loin, et où la société moderne n’a pas modifié les anciens usages et coutumes.
En 1961, le village est très peuplé, car il abrite des personnes déplacées. En règle générale, une famille occupe une pièce. Le sol y est de terre battue, avec en un endroit, un creux circulaire très évasé : le « canoun ». C’est ce qui tient lieu de foyer. Autour du feu de bois, des briques locales, au mieux un trépied, supportent un récipient métallique à tout faire dans lequel seront cuits les aliments. Sur les côtés, sont roulées des nattes qui serviront de couchage. Parfois, un matelas, également roulé. Le mobilier est réduit à un ou plusieurs coffres de bois plein, peints de couleurs vives, et dans lesquels s’entassent la richesse des villageois : quelques vêtements. Il n’y a ni table, ni chaise, ni banc. Dans cette pièce, il vaut mieux vivre au ras du sol, accroupi ou allongé : souvent, il n’y a pas de cheminée et la fumée dégagée par le bois qui brûle dans le canoun stagne sous le toit de tuiles artisanales apparentes ; au mieux celles-ci sont cachées par un assemblage de roseaux rappelant nos canisses méridionales. L’éclairage est donné par la porte ouverte ou par une lampe à huile. Signe de modernité, une lampe à pétrole suspendue à une poutre. Les réserves de nourritures dans les maisons élaborées peuvent être conservées dans des récipients inamovibles, en terre battue, pouvant atteindre plus d’un mètre de haut. Le remplissage se fait sur la face supérieure par une ouverture circulaire occultée par un couvercle d’osier tressé ou de bois plein ; les plus grands ont un volet inférieur, à la façon d’une chatière, pour y faciliter l’accès quand la réserve diminue. On y trouve des figues séchées, des glands, du blé dur, des haricots…Dans des niches ou sur des étagères, parfois sur les poutres, des boîtes métalliques ou des pots de terre contiennent d’autres denrées : thé, menthe, miel, farine de blé…
Dans quelques maisons, on peut trouver une pièce communicante, réservée à une activité d’artisanat : j’ai ainsi vu une femme travaillant sur un métier à tisser, tout en bois. Elle plaçait les fils de laine pour tisser une couverture. Dans la maison d’un autre village, j’ai vu un tour de potier, en bois , mais le potier n’était plus là depuis quelques mois . L’épicier du village vend ses marchandises en vrac, au volume, à l’aide d’un accessoire identique à ceux qu’utilisent encore les torréfacteurs de café. Il en vend d’ailleurs, pour le « kaouah » , ainsi que du thé, du sucre en morceaux, des haricots secs… des bidons de pétrole de 5 L.
Des familles plus aisées disposent d’un « clos » . Un mur d’enceinte de près de 2 mètres, sans ouverture si ce n’est une à deux portes d’accès généralement à l’opposé l’une de l’autre, en bois plein, à un ou deux battants. Elles donnent accès à une cour intérieure, au sol nu, entourée de constructions irrégulières s’appuyant sur le mur extérieur, parfois le dépassant. Toutes d’une seule pièce, et de dimensions variables, leurs toitures ne sont pas toutes inclinées vers l’intérieur . Une partie de l’enclos peut devenir un poulailler. Des constructions peuvent servir fréquemment de petite bergerie, parfois d’écurie(âne, mule, cheval), rarement d’étable.
Les troupeaux sont gardés par les plus jeunes, tandis que les femmes s’occupent des « jardins » ou des « champs ». Il ne s’agit que de petits lopins de terre en terrasse permettant la culture de légumes et situés près du fond d’un des multiples thalwegs secondaires qui froncent le versant principal. Ainsi, l’eau est proche. Parfois des canaux, s’ils ne sont pas hors d’usage, l’amènent aux champs. C’est aussi le rôle des femmes, quels que soient leurs âges, d’assurer la corvée d’eau, depuis la source, fontaine ou abreuvoir le plus proche, jusqu’au domicile, une à deux fois par jour. En rentrant des champs, elles portent sur le dos, dans un grand foulard parfois tenu à deux mains, la récolte de légumes ou la cueillette de figues, de glands, d’olives. L’eau recueillie dans un seau se porte sur la tête. Elles ramènent de la même façon en fagot les branchages qui alimenteront le canoun. Pour se protéger le crâne, en guise de coussin, elles y placeront le grand châle, roulé grossièrement en couronne.
Sur un sol dur et ensoleillé, elles étendront un châle pour y faire sécher les figues, préalablement triées.
Les hommes sont en général absents, en métropole ou à l’étranger. Quelques uns dans le maquis, certainement. Les plus anciens prennent le soleil sur une murette à l’entrée du village, les plus discrets, dans le village, sur la terrasse de l’ancienne Djemâa. (voir note11)

















